Qui sont les guitaristes de jazz les plus influents de l’histoire de ce genre musical ? Django Reinhardt, Charlie Christian, Bill Frisell , Joe Pass, Pat Metheny et Jim Hall figurent incontestablement sur cette liste.
Mais c’est sans doute le décontracté et modeste John Leslie « Wes » Montgomery qui les surpasse tous, et le jazz aurait été complètement différent sans lui. Metheny, alors âgé de 13 ans et subjugué, obtint l’autographe de son idole au festival de jazz de Kansas City en 1968, tandis que le célèbre écrivain Ralph J. Gleason – l’un des rares journalistes à avoir interviewé Wes – décrivait sa première rencontre avec son jeu : « Ce fut comme être frappé par la foudre. » Dans son autobiographie, George Benson expliquait que « Wes a montré à toute une génération qu’il existait une autre façon d’appréhender un instrument. » (Les deux hommes devinrent de grands amis.) Par ailleurs, John Scofield, Lee Ritenour, Larry Coryell, Pat Martino, Kevin Eubanks, Carlos Santana et d’innombrables autres musiciens lui doivent énormément.

WES MONTGOMERY Bumpin'
Available to purchase from our US store.À tous égards, il est l’une des figures les plus extraordinaires de l’histoire du jazz. Autodidacte, influencé par Charlie Christian, Django Reinhardt et Les Paul, Wes découvre la guitare par hasard à l’âge de 19 ans. Il commence par utiliser un médiator, mais après quelques mois de pratique, il se met à jouer exclusivement avec son pouce. L’aspect le plus imité de son style est son utilisation des octaves (dont il qualifiait la découverte de « coïncidence », faite en accordant sa guitare bon marché), mais ses improvisations en notes simples et ses solos d’accords étaient tout aussi remarquables. Il apportait à l’instrument un phrasé digne des cuivres et un sens inné de la narration.
Né à Indianapolis et ayant grandi avec deux frères musiciens, il fit son apprentissage auprès du pionnier du big band Lionel Hampton entre 1948 et 1950, mais ne se fit connaître du grand public jazz qu’avec la sortie de son premier album solo sur le label Pacific Jazz (entre-temps, il avait eu sept enfants et continuait d’exercer divers emplois, notamment soudeur et ouvrier dans une laiterie). Son passage chez Riverside Records, puis chez Verve en 1964, lui permit de toucher un tout nouveau public.
« Bumpin’ », le deuxième album de Wes chez Verve, est l’un des disques les plus somptueux de toute la discographie du label. En témoigne son enregistrement exceptionnel en seulement quatre jours, entre mars et mai 1965, au studio de Rudy Van Gelder à Englewood Cliffs. Produit par Creed Taylor, le patron de Verve, cet album met également en lumière l’intérêt de Wes pour la bossa nova et le jazz latin, sublimé par les arrangements de cordes amples de Don Sebesky.
L’album s’ouvre sur deux compositions originales de Wes : le morceau éponyme est presque aussi onirique et évocateur que « So What » de Miles Davis, le long solo d’octave du guitariste planant avec une intensité saisissante au-dessus des cordes de Sebesky. On remarque également les délicates interventions de harpe de Margaret Ross. Quant au court morceau rythmé « Tear It Down », il se distingue par sa structure saccadée et sa tonalité majeure inhabituelle. Wes y livre un solo exaltant, accompagné subtilement par Roger Kellaway dans le canal gauche, évoquant le style de Bill Evans.
« A Quiet Thing » est une berceuse onirique, où la guitare de Wes se révèle dans toute sa splendeur, tandis que sa reprise de « Con Alma » de Dizzy Gillespie débute sur un rythme de bachata , les bongos de Candido Camero se détachant nettement dans le mix, avant que le batteur Grady Tate n’y insuffle habilement le swing. Sur son site web, le guitariste Steve Khan a salué « l’amour, la grâce et le soin » avec lesquels Wes a interprété ce morceau.
Ailleurs, « The Shadow Of Your Smile » est un véritable jalon du jazz latin, tandis que Wes démontre sa maîtrise des accords dès les premières notes du magnifique « Mi Cosa ». « Here’s That Rainy Day » se métamorphose en une superbe bossa nova, sublimée par le solo d’octave mélodique et enchanteur de Wes, tandis que le morceau final de Sebesky, « Musty », nous replonge dans l’ambiance blues.
WES MONTGOMERY Bumpin'
Available to purchase from our US store.À sa sortie fin 1965, « Bumpin’ » est devenu le premier album de Wes à figurer dans les charts pop de Billboard et a reçu deux nominations aux Grammy Awards. D’une durée d’un peu plus de 31 minutes, il offre un son exceptionnel sur vinyle et marque la première collaboration fructueuse entre Wes et Taylor. Ce dernier a confié que, grâce à l’aide de leur manager John Levy, les albums Verve ont permis à Wes de se produire dans des salles de concert plutôt que dans des boîtes de nuit.
Et Wes nous réservait encore bien des surprises sur Verve – restez à l’écoute…
Matt Phillips est un auteur et musicien londonien dont les écrits ont été publiés dans Jazzwise , Classic Pop , Record Collector et The Oldie . Il est l’auteur de « John McLaughlin : From Miles & Mahavishnu To The 4th Dimension ».


