C’est durant l’ère Dixieland que le trombone s’est imposé dans le jazz grâce à des pionniers comme Edward « Kid » Ory. Né à LaPlace, en Louisiane, en 1886, Ory a débuté au banjo avant de découvrir le trombone auprès de William « Beads » Cornish, au sein de l’orchestre du cornettiste néo-orléanais Buddy Bolden. Ory s’installa bientôt lui-même à La Nouvelle-Orléans et, dès les années 1910, il était devenu le plus célèbre des trombonistes du style dit « tailgate ».

Aux débuts du jazz Dixieland, de petits groupes assuraient la promotion de leurs concerts du soir sur des chariots, le tromboniste assis à l’arrière pour manœuvrer les longs coulisses de son instrument, d’où le nom de « tailgate ». Kid Ory devint son plus grand improvisateur grâce à ses glissandos (notes glissées) rauques et puissants, ainsi qu’à ses contre-mélodies brutes, imprégnées de blues. En 1925, Ory était à Chicago, co-dirigeant un groupe avec le cornettiste King Oliver, avant de rejoindre le Hot Five, le premier groupe de studio de Louis Armstrong.

D’autres trombonistes de Dixieland, comme Miff Mole, ont apporté leur propre style au trombone, mais c’est avec l’avènement du swing que sont apparues les innovations suivantes. Contrairement aux petits ensembles de Dixieland, les big bands de l’ère du swing employaient trois ou quatre trombonistes, créant ainsi un son mélodique et harmonique plus riche et plus abouti. Le plus élégant et le plus raffiné de ces musiciens était Jack Teagarden, dont le jeu fluide a exercé une influence considérable sur les célèbres trombonistes du swing, tels que Tommy Dorsey.

Le développement du bebop a représenté un défi pour les trombonistes en raison des limitations techniques de leur instrument aux tempos rapides. L’un des premiers à relever ce défi fut Bill Harris, qui fit la transition du swing du big band de Woody Herman au bebop de « Bill Harris Collates » pour Clef Records, le label de Norman Granz. Mais les deux trombonistes les plus associés aux fondements du bebop sont J.J. Johnson et Bennie Green, qui enregistreront tous deux des albums importants pour Blue Note.

The Eminent Jay Jay Johnson, Vol. 1 et 2 (Blue Note)

J. J. Johnson The Eminent Jay Jay Johnson, Vol. 1

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Considéré comme le plus important tromboniste du jazz moderne, J.J. Johnson a fait ses débuts dans l’orchestre de Benny Carter, avec lequel il a enregistré ses premiers morceaux en 1943 avant de rejoindre le big band de Count Basie. D’après Joshua Berrett et Louis G. Bourgois III, auteurs de l’ouvrage de 1999 intitulé « The Musical World Of J.J. Johnson », Dizzy Gillespie, après avoir entendu Johnson jouer en 1946, aurait déclaré : « J’ai toujours su qu’on pouvait jouer du trombone différemment, que quelqu’un finirait par s’en rendre compte. »

J. J. Johnson
JJ Johnson. Photo : Francis Wolff / Blue Note Records.

Encouragé par le fait qu’il possédait le son, la technique et les connaissances harmoniques nécessaires pour jouer la musique de Dizzy Gillespie et de son autre héros , Charlie Parker, au trombone, il forma les JJ Johnson’s Be’Boppers avec le batteur Max Roach et le pianiste Bud Powell . Sorti chez Savoy en 1946, l’album « Coppin’ the Bop » et « Jay Jay 10 » allait s’avérer aussi influent pour les futurs trombonistes que « Giant Steps » de Coltrane l’avait été pour les saxophonistes.

À la fin des années 1940, Johnson intègre le nonette de Miles Davis et participe aux célèbres sessions d’enregistrement de « Birth of the Cool » (1949-1950) pour Capitol (album paru en 1957), ainsi qu’à l’enregistrement d’Alfred Lion de 1952-1953, « Miles Davis Volume 1 & 2 » (comprenant les compositions de Johnson « Kelo » et « Enigma »), sorti chez Blue Note en 1955-1956. Viennent ensuite ses premiers albums pour Blue Note, « The Eminent JJ Johnson Volume 1 & 2 ». Sortis en 1955-1956, ces 33 tours rassemblent des morceaux de bop et de hard bop d’une grande finesse, extraits de ses trois 45 tours enregistrés avec de nombreux artistes majeurs du label Blue Note.

J. J. Johnson & Kai Winding: The Great Kai & J. J. (Verve, 1960)

The Great Kai and J. J. album cover

J. J. Johnson & Kai Winding The Great Kai & J. J.

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Peu après les sessions Blue Note, Johnson s’associe au tromboniste danois Kai Winding pour ce qui est sans doute l’album de trombone jazz le plus célèbre de tous les temps. Première parution du label Impulse!, il s’agit en réalité des retrouvailles du duo qui avait déjà enregistré ensemble sous le nom de Jay & Kai pour Prestige en 1954. Avec Johnson, Winding fut l’un des premiers trombonistes à maîtriser les lignes rapides du be bop, mais il était connu pour son style légèrement plus brut. Sur cet album, ce duo exceptionnel est rejoint par Bill Evans (piano), Paul Chambers (basse) et Art Taylor & Roy Haynes (batterie), offrant un disque oscillant entre le groove entraînant de « Going Going Gong » et la ballade mélancolique « Just for a Thrill ».

Bennie Green – Back On The Scene (Blue Note, 1958)

BENNIE GREEN Back on the Scene

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Issu de l’orchestre d’Earl Hines des années 1940, Bennie Green rivalisa avec J.J. Johnson comme le premier tromboniste à s’approprier le langage harmonique et rythmique du bebop sans jamais renoncer à son amour du swing. Ses albums chez Prestige témoignent de sa transition vers le bebop, notamment « Modern Jazz Trombones – Volume Two » en collaboration avec J.J. Johnson. Le premier des trois albums parus chez Blue Note en 1958/59, « Back on the Scene », réunit un quintette comprenant le saxophoniste Charlie Rouse et la tromboniste Melba Liston, avec laquelle Johnson échange de magnifiques solos. Mêlant des standards tels que « Just Friends » à des compositions originales percutantes comme « Benny Plays the Blues » et la magistrale composition de Liston, « Melba’s Mood », cet album figure parmi les meilleurs de la fin des années 1950 chez Blue Note.

Grachan Moncur III : Evolution (Blue Note, 1964)

Il fallut attendre le New-Yorkais Grachan Moncur III pour que le trombone retrouve sa place chez Blue Note et s’impose dans l’ère post-bop et avant-gardiste. Après une tournée avec Ray Charles à la fin des années 50 et son intégration au Jazztet avec Art Farmer et Benny Golson, il s’associa à Jackie McLean et participa à ses albums « One Step Beyond » et « Destination… Out! », composant deux titres pour le premier et trois pour le second. Ces sessions réunissaient le vibraphoniste Bobby Hutcherson et le batteur Anthony Williams, que Moncur emmena au studio Van Gelder le 21 novembre 1963 avec le trompettiste Lee Morgan et le bassiste Bob Crenshaw pour ce qui fut sans doute leur premier album chez Blue Note. Sorti en 1964, « Evolution » se hisse au rang des plus grands albums post-bop et avant-gardistes de cette année particulièrement explosive, Moncur repoussant les limites de son instrument.

Grachan Moncur III : Some Other Stuff (Blue Note, 1965)

GRACHAN MONCUR III Some Other Stuff

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En juillet suivant, Grachan Moncur retourna au studio Van Gelder avec le saxophoniste Wayne Shorter, le bassiste Cecil McBee et le pianiste Herbie Hancock pour un album encore plus expérimental. Sur « Some Other Stuff », Moncur était déterminé à ouvrir la voie à une plus grande liberté rythmique et sonore de l’avant-garde, sur un instrument inattendu. De l’atmosphère sombre et mystérieuse de « Gnostic » à l’énergie anguleuse et nerveuse de « The Twins », cet album révélait Blue Note dans toute son audace expérimentale. Désormais disponible en vinyle épais, à la hauteur de la musique gravée dans les sillons.

Photos : William P. Gottlieb / Bibliothèque du Congrès.

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Mélissa Aldana
Bill Frisell


Andy Thomas est un auteur londonien qui collabore régulièrement avec Straight No Chaser, Wax Poetics, We Jazz, Red Bull Music Academy et Bandcamp Daily. Il a également rédigé les notes de pochette des albums Strut, Soul Jazz et Brownswood Recordings.


Image d’en-tête : Grachan Moncur III. Photo : Francis Wolff / Blue Note Records.