Il arrive souvent qu’avec le temps, les albums acquièrent une nouvelle signification ; que révèle la musique de l’époque où elle a été composée ? Comment une œuvre musicale a-t-elle influencé l’avenir ? Chacun de ces cinq albums a résisté à l’épreuve du temps et mérite d’être redécouvert. Prenez le temps de les écouter attentivement.

1956 : Horace Silver – Six Pieces Of Silver

Dans son deuxième album, le premier chez Blue Note, le pianiste Silver s’est attiré les éloges de la critique pour sa contribution au hard bop. C’est avec ce disque qu’il nous a offert certaines de ses compositions les plus appréciées, comme le standard de jazz en 12/8 « Señor Blues », un clin d’œil à Duke Ellington avec ses accords d’ouverture de mi bémol mineur et de si7, un motif harmonique cher au maître. Ce morceau classique côtoie le swing irrésistible de « Cool Eyes », le titre aux accents latins « Enchantment » avec ses cuivres entraînants et la délicate ballade « Shirl ».

Les amateurs de jazz reconnaîtront peut-être de futurs maîtres du jazz sur ce disque ; Silver, qui n’avait que 28 ans au moment de l’enregistrement, était accompagné d’un personnel encore plus jeune, comprenant Donald Byrd à la trompette, Hank Mobley au saxophone ténor, Doug Watkins à la basse et Louis Hayes à la batterie.

Son passage chez Blue Note, qui s’est achevé avec son décès en 2014, a été le plus long de tous les musiciens du label.

1966 : Astrud Gilberto – Look To The Rainbow

Astrud Gilberto Look To The Rainbow

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Véritable classique, « Look To The Rainbow » est un titre phare de la discographie d’Astrud Gilberto. La chanteuse brésilienne a propulsé la bossa nova et la samba dans les foyers du monde entier. Sur cet album, elle est accompagnée par les arrangeurs Gil Evans et Al Cohn ; la richesse de l’orchestration suffirait à elle seule à faire de cet album un disque instrumental, mais heureusement pour nous, la voix douce et suave de Gilberto y apporte un contraste envoûtant. Contrairement à d’autres chanteuses orchestrales de l’époque, comme Etta James, Frank Sinatra ou Shirley Bassey, l’approche sobre de Gilberto était – et reste encore aujourd’hui – d’une élégance irrésistible.

S’ouvrant sur l’un de ses titres les plus connus, « Berimbau », Gilberto nous a offert des versions inédites de chansons comme « Maria Quiet », une chanson dénonçant la soumission exigée des femmes. Composée à l’origine par l’artiste brésilien Carlos Lyra sur des paroles portugaises du poète Vinícius de Moraes, Gilberto l’a interprétée en anglais, offrant ainsi à un nouveau public un morceau court mais puissant.

1976 : Roy Ayers – Everybody Loves The Sunshine

Roy Ayers, le vibraphoniste le plus célèbre au monde, a sorti plus de dix albums avant son classique incontournable, « Everybody Loves The Sunshine ». Dans les années 70, ce San Franciscain était autant encensé que critiqué pour sa musique à la croisée du jazz, du funk, de la soul et des polyrythmies africaines. Roy Ayers semblait ne pas être assez « jazz » pour être considéré comme un musicien de jazz, ni assez soul ou funky pour être acclamé par le public. Mais ceux qui l’ont compris, l’ont compris . Pionnier du décloisonnement des genres, Ayers a ouvert la voie à des musiciens singuliers comme lui, et une légion de fans fidèles l’a suivi.

S’orientant davantage vers l’électronique et les synthétiseurs que les albums précédents, « Everybody Loves The Sunshine » a laissé place à des morceaux qui trouveraient leur place aussi bien dans les discothèques (comme « Hey, Uh, What You Say Come On ») que dans les clubs de jazz progressif (« The Third Eye »).

À propos du titre éponyme de l’album, Ayers a déclaré : « Cette chanson a tout changé pour moi. C’est toujours le dernier morceau de mes concerts. Le public se joint toujours à moi et elle a été samplée plus d’une centaine de fois, par des artistes aussi divers que Dr. Dre et Pharrell Williams. Elle semble toucher toutes les générations. Tout le monde aime le soleil – sauf Dracula. »

Collection la plus recherchée

Tu as vraiment d’excellents goûts en jazz ! Voici les albums dont tu ne te lasses pas : un magnifique mélange de tubes incontournables et de futurs classiques.

1976 : Pat Metheny – Bright Size Life

Pat Metheny Bright Size Life Album Cover

PAT METHENY Bright Size Life

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Le premier album studio de Pat Metheny est un incontournable pour tout fan du guitariste, et un excellent point de départ pour quiconque souhaite le devenir. Avec Jaco Pastorius à la basse – alors peu connu – et Bob Moses à la batterie, il formait un trio avec lequel il collaborera fréquemment par la suite.

L’un des plus grands charmes de Bright Size Life est qu’il s’agit bel et bien du premier album de Metheny ; pour certains, il a semblé débarquer sur la scène musicale du jour au lendemain, apportant avec lui ce qui serait encore considéré aujourd’hui comme l’une des plus belles œuvres de son impressionnante discographie.

L’approche angulaire et asymétrique de Metheny à la guitare est sublimée et soutenue par les lignes de basse agiles et sinueuses de Pastorius et le swing grondant de Moses.

2001 : Diana Krall – The Look Of Love

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Diana Krall The Look Of Love 2LP

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À la croisée du smooth jazz et des ballades, découvrez « The Look of Love » de Diana Krall, qui célèbre ses vingt-cinq ans. La chanteuse et pianiste originaire de l’île de Vancouver possède sans doute l’une des voix de contralto les plus envoûtantes du jazz actuel. Sur cet album, elle interprète des classiques tels que « Cry Me a River » et « I Get Along Without You Very Well » avec une grâce et une profondeur d’émotion exceptionnelles, sublimées par les arrangements élégants du London Symphony Orchestra.

Certains ont reproché à cet album de tomber dans le registre de la musique facile d’écoute. Pourtant, l’idée qu’il ne présente aucun défi pour l’auditeur devrait être perçue comme une invitation à l’apprécier pleinement. Enregistré aux studios Abbey Road, il a été sublimé par la prise de son d’Al Schmitt, qui a d’ailleurs remporté un Grammy Award pour cet enregistrement.


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Quatuor de jazz moderne Zbigniew Namyslowski


Tina Edwards est journaliste musicale, DJ et animatrice radio. Elle est la cofondatrice des plateformes de programmation re:sonate et Queer Jazz, et anime son propre club sur Bandcamp, le Jazz-ish Jazz Club. Ses articles ont été publiés dans Bandcamp Daily, Downbeat, Monocle et d’autres médias.