Il ne fait aucun doute que, même de nombreuses années après sa disparition, Ella Fitzgerald reste l’une des plus grandes figures du jazz vocal, toujours capable d’émerveiller et de ravir.

Attention : la musique de cette nouvelle compilation, « Jukebox Ella : The Complete Verve Singles, Vol. 2 », est non seulement d’une énergie communicative, mais elle vous surprendra aussi. Par exemple, évitez de faire comme moi : écouter « Stomping at the Savoy » pour la première fois sans y prêter attention. Le morceau commence doucement, tranquillement, mais j’étais en train de me brosser les dents (désolée pour le détail) quand j’ai été prise au dépourvu par le swing soudain et énergique, et le scat du deuxième couplet. J’ai alors perdu le contrôle de ma brosse à dents électrique, qui a fini sa course dans la poubelle, projetant du dentifrice partout. J’étais figée, à l’écoute de ce qui devait être un moment live incroyable : Ella, accompagnée par le trio d’Oscar Peterson, emplissait la salle de son scat jazz fulgurant. Comment avait-elle le temps de respirer ? Même le public du Shrine Auditorium en 1957 n’en revenait pas ! On entend encore le speaker tenter de contenir les applaudissements qui ont suivi. L’écoute de cette performance pour la première fois valait bien le nettoyage salissant du dentifrice.

Ella était une figure emblématique du jazz et du label Verve Records. Son premier album pour ce label, « Ella Fitzgerald Sings the Cole Porter Song Book », a largement contribué à son succès initial. L’écoute de ces singles extraits de « Jukebox Ella Vol. 2 » révèle toute l’étendue de son talent, tant sur scène qu’en studio.

Ce disque propose 50 singles et près de 3 heures de musique, de quoi satisfaire toutes vos envies. Un brin mélancolique ? Laissez-vous bercer par l’interprétation d’Ella du morceau « Reach For Tomorrow » de McHugh/Washington et ses paroles sublimes : « …garde la tête haute, tu risques d’être blessé de mille façons, mais essaie encore une fois » —. Envie de retrouver la joie de l’enfance ? Seule Ella pouvait transformer une chanson enfantine en un véritable chef-d’œuvre. Qui d’autre aurait pu sublimer « Old MacDonald » et en faire une expérience jazz inoubliable ?

Ou préférez-vous un morceau swing instrumental où elle se joint au groupe comme un instrument vocal ? Je vous recommande « Little Jazz », une composition d’Eldridge et Harding, initialement parue sur son album « Ella Swings Lightly ». Le cœur brisé ? Ella a la solution. La chanson « What Will I Tell My Heart », composée par Tinturin, Gordon et Lawrence et extraite de son album « Like Someone in Love » (1957), avec ses paroles devenues cultes – « J’essaie d’expliquer à mes amis, mon amour, les raisons de notre séparation. Je sais quoi leur dire, mon amour. Mais que dire à mon cœur ? » – saura vous toucher.

Dans son livre « Music is My Mistress », Duke Ellington revient sur l’enregistrement de la suite en quatre mouvements « Portrait of Ella Fitzgerald » pour l’album « Ella Fitzgerald Sings the Duke Ellington Song Book ». Il souligne qu’Ella est «… une personnalité d’une chaleur extraordinaire… elle offre son talent avec une générosité incroyable, non seulement au public, mais aussi aux compositeurs dont elle interprète les œuvres… en termes de musicalité, Ella est hors catégorie. » Deux compositions d’Ellington extraites de son répertoire figurent sur cette compilation : « Imagine My Frustration », qui mêle une sensualité sous-jacente à une diction impeccable, sublimant ainsi son interprétation, et « Duke’s Place », qui débute par les cuivres, avant qu’Ella ne s’élève dans les aigus pour s’harmoniser avec eux.

Cette nouvelle compilation Jukebox Vol. 2 regorge de pépites à découvrir et à savourer. Par exemple, la façon dont Ella commence « You’re Driving Me Crazy » par une ascension vocale sur trois octaves avant que le groupe ne la rejoigne, ou encore le duo captivant d’Ella avec Louis Armstrong sur « Can’t We Be Friends », extrait de l’album « Ella and Louis » de 1956.

C’est le genre de magie musicale qu’on ne peut tout simplement pas reproduire. On l’a ou on ne l’a pas. Ella possédait l’oreille absolue et un talent d’improvisation hors pair ; son oreille musicale est inégalée, mais elle nous offre aussi une leçon de liberté musicale – que « jouer », en tant qu’artiste, ne se résume pas aux notes ; c’est oser, laisser libre cours à son imagination musicale sans limites. Le jukebox rend également hommage à la composition en présentant de nombreux compositeurs, de Cole Porter et Gershwin aux Beatles, tout en mettant en lumière le talent exceptionnel d’Ella Fitzgerald pour l’interprétation.

Jukebox Ella : The Complete Verve Singles Vol. 2 a ravivé le souvenir d’Ella en concert au Royal Albert Hall. Plus tard, alors que d’autres fans et moi nous étions rassemblés à la sortie des artistes, espérant l’apercevoir de près, j’ai crié : « On t’aime, Ella ! » à son apparition. Elle s’est retournée et a répondu : « On vous aime aussi, chéri ! » Cette compilation a fait revivre ce moment magique, célébrant la voix d’une chanteuse qui mérite d’être reconnue comme la reine du jazz.

ELLA FITZGERALD Jukebox Ella - The Complete Verve Singles Vol. 2

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Norman Granz

Jumoké Fashola est une journaliste, animatrice et chanteuse qui présente actuellement diverses émissions culturelles sur BBC Radio 3, BBC Radio 4 et BBC London.


Image d’en-tête : Portrait d’Ella Fitzgerald, New York, NY, vers novembre 1946. Photo : William P. Gottlieb / Bibliothèque du Congrès.