Dans l’histoire de la musique populaire du XXe siècle, rares sont les artistes véritablement légendaires, et Frank Sinatra en fait assurément partie. Doté d’une voix envoûtante, d’un talent inné pour un flow parfaitement syncopé et d’un charisme fou, Sinatra a contribué à définir la chanson populaire. Retour ici sur quelques-unes de ses collaborations majeures.

Harry James / Tommy Dorsey

La carrière de Sinatra prit un tournant décisif en juin 1939 lorsqu’à 23 ans, il intégra l’orchestre de Harry James. Le trompettiste James venait de quitter le big band de Benny Goodman, figure emblématique de l’ère du swing, et souhaitait explorer un son plus pop, avec une dimension vocale. En Sinatra, il trouva la voix idéale. Sinatra enregistra dix chansons avec James, dont « All Or Nothing At All », qui connut un immense succès lors de sa réédition en 1943.

En novembre 1939, Sinatra quitta l’orchestre de James pour rejoindre un autre big band dirigé par le tromboniste Tommy Dorsey. Dès leur première année ensemble, ils enregistrèrent plus de quarante chansons, dont « I’ll Never Smile Again », un single vendu à plus d’un million d’exemplaires en 1940. Sinatra resta trois ans avec Dorsey avant de se lancer en solo fin 1942, fort de tout ce qu’il avait appris de ses premiers mentors.

« All Or Nothing At All » et « I’ll Never Smile Again » figurent toutes deux sur la compilation exhaustive de 2015 « Ultimate Sinatra ».

Tommy Dorsey, tromboniste, trompettiste, clarinettiste, compositeur, arrangeur et chef d’orchestre américain, et Frank Sinatra. Séance d’enregistrement. États-Unis. New York. Studios RCA Victor. 1941. Photo : ©Collection F. Driggs/Magnum Photos.

Nelson Riddle

Au début des années 1950, Sinatra était déjà une grande vedette depuis une décennie, mais sa carrière connaissait un passage à vide. Tout changea en 1953 lorsqu’il signa chez Capitol et entama une longue et fructueuse collaboration avec l’arrangeur Nelson Riddle, qui s’était fait un nom en écrivant des arrangements pour Nat King Cole. Leur premier succès fut une version de « I’ve Got The World On A String » d’Harold Arlen, qui annonça le retour triomphal de Sinatra.

Il a également servi de modèle à une série d’albums classiques, dont “Songs For Swingin’ Lovers!” sorti en 1956 ! Ici, les magnifiques arrangements de Riddle pour big band et orchestre à cordes complet insufflent une énergie irrésistible et une sophistication raffinée à des classiques de la pop tels que « You Make Me Feel So Young » et « I’ve Got You Under My Skin ». Grâce à Riddle, Sinatra connut un succès sans précédent.

FRANK SINATRA Songs For Swingin' Lovers!

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Antonio Carlos Jobim/Nancy Sinatra

En 1960, Sinatra fonde son propre label, Reprise, ce qui lui confère une totale liberté créative et lui permet d’explorer de nouvelles voies artistiques. La compilation « Nothing But The Best » rassemble certains de ses titres les plus appréciés parus chez Reprise, issus pour la plupart de sa période créative prolifique des années 1960. On y trouve également des collaborations audacieuses.

En 1967, Sinatra s’associe au compositeur brésilien Antônio Carlos Jobim, père de la bossa nova, pour l’album « Francis Abert Sinatra & Antônio Carlos Jobim ». Ce disque comprend des compositions originales de Jobim ainsi que des standards du Great American Songbook, arrangés dans le style bossa nova. « The Girl From Ipanema » de Jobim illustre à merveille leur synergie créative : la voix de Sinatra se déploie comme une douce vague sur une somptueuse orchestration bossa, en contrepoint par le chant romantique de Jobim.

Également sorti en 1967, le tube international « Somethin’ Stupid », un duo avec sa fille Nancy Sinatra, alors âgée de 26 ans, est une chanson douce, drôle et touchante qui met toujours de bonne humeur.

L’orchestre de Count Basie / Quincy Jones

Tout au long de sa carrière, Sinatra a collaboré avec certains des plus grands big bands de jazz, et parmi eux, l’orchestre de Count Basie était sans conteste l’un des plus prestigieux. Il a enregistré pour la première fois avec le groupe de Basie en 1962 pour l’album studio « Sinatra-Basie », mais leur collaboration la plus marquante reste sans aucun doute son premier album live, « Sinatra At The Sands » , enregistré dans la célèbre Copa Room du Sands Hotel and Casino de Las Vegas en 1966.

Ce coffret exceptionnel capture Sinatra au sommet de son charisme, dominant la salle d’une maîtrise totale et incarnant à la perfection son surnom de « Chairman of the Board ». Des classiques tels que « Come Fly With Me » sont interprétés de façon magistrale, tandis que des apartés comiques et décalés révèlent un artiste accompli, pleinement épanoui. L’orchestre imposant de Basie offre un accompagnement ample, puissant et irrésistiblement swing, magistralement arrangé et dirigé par Quincy Jones, alors âgé de 32 ans. Du Sinatra pur jus.

Frank Sinatra (à gauche) et le chef d’orchestre Count Basie au Royal Festival Hall de Londres, le 8 mai 1970. Photo : Central Press/Hulton Archive/Getty Images.

Aretha Franklin / Luciano Pavarotti

À la fin de sa vie, les plus grands noms de la musique faisaient la queue pour chanter avec Sinatra – et beaucoup d’entre eux en ont eu l’occasion en 1993 et 1994, lorsque Sinatra a sorti deux albums de duos vocaux avec une distribution exceptionnelle de chanteurs de renom issus de genres variés. L’édition du 20e anniversaire de « Duets » réunit ces deux albums emblématiques en une seule édition encore plus grandiose.

Parmi les moments forts, on retrouve la Reine de la Soul, Aretha Franklin, interprétant « What Now My Love » dans un style plus jazzy qu’à l’accoutumée – et s’en emparant avec brio. On découvre également une version inédite du titre emblématique de Sinatra, « My Way », où il livre une performance magistrale aux côtés du maître de l’opéra Luciano Pavarotti, chacun insufflant une émotion intense à chaque syllabe. Un hommage vibrant à un artiste qui a défini l’art de communiquer par le chant comme une référence absolue.


Daniel Spicer est un écrivain, animateur et poète basé à Brighton. Ses articles ont été publiés dans The Wire, Jazzwise, Songlines et The Quietus. Il est l’auteur d’un ouvrage sur la musique psychédélique turque et d’une anthologie d’articles issus des archives de Jazzwise.